André Jongen né à Amay le 3 Juillet 1946

Si André Jongen ne fait pas mystère de son adoration pour Monet et Renoir, ne vous attendez pas à ce que la Fagne ou l'Ardenne, sous son pinceau, se mue subrepticement en brume colorée.
Cette lumière de chez nous, qu'il aime avec tendresse, n'a pas licence, pour autant, de dissoudre les formes et d'abolir les distances, comme chez les grands maîtres de l'impressionnisme français.
Le droit à l'éblouissement, pour lui, a des limites.

Et en cela, André Jongen est dans la ligne d'un réalisme très typique de notre génie national.
Fort peu de peintres belges ont sacrifié à la pure évanescence l'amour concret de la nature et des choses.
Puisqu'elle nous est offerte, cette nature, dans sa plus fraîche et franche vérité, prenons en possession sans scrupules, ni préjugés.
Est-ce une revanche sur les rigueurs frustrantes de la météo ?
Au fil de ces œuvres, nous avons fait gloutonnement une cure de sous-bois, de prairies, de ruisseaux, de vastes horizons, d'herbes folles, de grandes étendues neigeuses ,si douces à contempler,les pieds au chaud.

UN SOLIDE MÉTIER

Qu'un paysagiste maîtrise à ce point sa technique pour que jamais une maladresse ne vienne brutalement gâcher notre contemplation, c'est déjà beaucoup.
Mais que, de plus, un art discret, qui sait se faire oublier, porte ce coin de nature à son plus haut degré de séduction, presque à notre insu, c'est la marque d'un réel talent.
Car chaque tableau d'André Jongen est la résultante de choix subtils.
Un cadrage minutieux équilibre les masses, les parts réservées au ciel et à la terre, à l'ombre et à la lumière.
L'herbe trouve comme par miracle la nuance de vert qu'attendait d'elle le bleu de l'eau,et l'herbe rousse, sans aucun effet pédant ou démonstratif, applique à ravir la loi des complémentaires.
Toutes les ressources de la perspective classique sont exploitées sans aucun complexe, grâce aux flous et aux dégradés atmosphériques, libérant pour nous les champs immenses de l'espace.
Quelques aquarelles et pastels prestement levés confirment l'aptitude à saisir l'essentiel, dans une synthèse évocatrice.

Voilà donc une peinture de mesure et d'équilibre.
Elle refuse des états d'âme qui risqueraient de faire écran entre la nature et nous.
Mais elle répudie aussi les démissions d'un hyperéalisme glacé, par lequel l'artiste jouerait artificiellement à être absent de son œuvre.
Toute la nature, à travers une sensibilité juste et un métier solide ;  tels nous apparaissent les tableaux d'André Jongen. C'est pourquoi nous les aimons.


Texte intégral de JACQUES HENRARD écrivain, journaliste, et critique d'art